AU TEMPS DES FORGES

Quand les industries florissaient…

Les machines se sont tues, du patrimoine industriel il ne reste que des vestiges avec une âme ouvrière qui perdure à travers les murs des anciennes manufactures. Abandon, destruction et parfois renaissance, c’est un peu le destin de ces bâtiments témoins d’un passé révolu qui a nourri les hommes et les femmes de ce pays nivernais, qui est le nôtre.

Guérigny, Cité des Forges Royales

Une ville du siècle des lumières en nivernais

 

Un patrimoine en fer forgé, dans les pas de La Chaussade

 

Quand on entre en ville, les ancres donnent le ton ou plutôt le tonnage du poids industriel de cette ancienne cité métallurgique. Son histoire en fer forgé est intimement liée à un homme : Pierre Babaud de La Chaussade (1706-1792). Le territoire local est une « mine d’or »avec des sols gorgés de minerais ferreux, des forêts de chênes (*) et des cours d’eau. Des ressources naturelles qui l’amènent à exploiter et développer à Guérigny des forges, achetées par son beau-père. Elles deviendront une des manufactures les plus importantes du pays au XVIIIe siècle.

 

Ce Guérignois d’adoption crée un véritable empire industriel avec comme client exclusif et privilégié : la Marine. Ancres, canons, boulets… les forges sont le fer de lance de la construction navale nationale. A tel point, qu’en 1755, elles reçoivent le titre honorifique de Forges Royales, alors qu’il s’agit encore d’une entreprise privée. Pierre Babaud est même anobli ! Le « jeune » baron de Guérigny et de Villemenant (**) s’attache particulièrement à sa ville et en prend soin. L’église est détruite et reconstruite, des logements ouvriers sont bâtis, etc. L’âge d’or du fer. Puis Babaud vieillit. C’est un homme fatigué. Ses affaires s’oxydent. Il veut vendre. C’est le roi Louis XVI en personne qui lui achètera. En 1781, les Forges Royales deviennent propriétés d’Etat. Les marteaux pilons vont résonner jusqu’en 1971, où ils se tairont définitivement après avoir durant plus de 200 ans alimenté leur mère nourricière aux couleurs de la Marine.

 

La fin ? Non, en 1975, des anciens employés fondent l’association Les Amis du Vieux Guérigny. Soutenue par la municipalité, ils sauvent les bâtiments de la ruine en créant le Musée Forges et Marines. Babaud est mort, vive Babaud !

 

Prémery, un passé industriel désormais effacé mais un patrimoine qui vaut le coup d’œil

 

Les industries ont changé de partition

Du XIIIe siècle au milieu du XIXe, un haut fourneau et quelques forges constituent la seule activité industrielle du bourg qui doit alors sa prospérité à ses importants marchés au grain. La fermeture définitive des forges en 1854 entraîne la population dans une importante crise économique. En 1886, une famille belge, les Lambiotte, crée une entreprise de carbonisation et de distillation du bois. Tout au long des 116 années d’existence de cette usine, des innovations techniques et chimiques permettent la production de toute une gamme de dérivés du bois : charbon, médicaments, colles, solvants et même arômes alimentaires qui feront un temps de Prémery la « Capitale européenne de la chimie du bois ». Les derniers symboles de l’activité de Lambiotte, les séchoirs et le four vertical continu édifiés de 1947 à 1971 ont disparu du paysage prémerycois en octobre 2016.

 

Certes, la page industrielle s’est tournée mais le patrimoine historique est encore bel et bien vivant ! Passage obligé à la collégiale Saint-Marcel fondée par neuf chanoines en 1196, le château de Prémery, le Musée du Grés ancien avant d’aller à la découverte des châteaux d’Arthel, du Marais, des églises de Notre-Dame du Charme, Saint Bonnot, de nombreux puits et lavoirs…

 

Après prenez une bonne bouffée d’oxygène dans la Réserve Naturelle Régionale des Mardelles, où l’eau a dessiné ce paysage de tourbière inédit et si fragile.

Les Forges de La Vache, domaine des muses

Le domaine des Forges de La Vache est un lieu vraiment singulier. Raveau, 5 km de La Charité, vous êtes en pleine campagne quand tout à coup sorti de nulle part, à l’orée de la forêt des Bertranges, un ancien site sidérurgique entièrement restauré. Fondées par les moines de La Charité, les forges ont prospéré grâce à Colbert. Son haut-fourneau dévorait alors le minerai de fer et le charbon de bois de la forêt des Bertranges. L’eau de la fontaine de « La Vache » fournissait l’énergie hydraulique pour l’activer. Il était adossé à la grande halle aux minerais – vestige typique de l’architecture industrielle du XVIIIe. Les barres de fonte étaient ensuite acheminées en Bertranges jusqu’aux Forges royales de Guérigny, où elles étaient transformées en ancres. Le haut-fourneau s’est éteint au milieu du XIXe. Aujourd’hui, ce domaine, offrant un parc exceptionnel, est devenu un centre d’accueil touristique et culturel, où les muses aiment parfois s’y reposer à l’abri des grands arbres…

 

(*) Parmi les sentiers aménagés, il en est un qui mène en ligne droite au « chêne Babaud ». Cet arbre au tronc impressionnant est maintenant couché. Son abattage a été décidé en 1995 : plusieurs fois touché par la foudre, ses plus grosses branches menaçaient de casser. La souche est préservée et entretenue. Plusieurs repères temporels sont placés sur les anneaux de l’arbre, du début du XVIIIe Siècle à la fin du XXe. En effet, de la Chaussade n’a pas planté cet arbre : le chêne était déjà âgé d’une quarantaine d’années lors de son arrivée dans la région.

 

(**) Le château de Villemenant – Propriété du Maître des forges, Babaud de la Chaussade, principal fournisseur des fers et des ancres de la Marine, il accompagna l’extension de la Marine Royale de Louis XV et fut rattaché au domaine royal de Louis XVI en 1781. Son architecture et ses aménagements intérieurs n’ayant pas été transformés depuis cette époque, il est un témoin authentique de l’ancien régime.

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